Cinq mois après son entrée au Palais-Bourbon, le député de la 4e circonscription des Alpes-Maritimes a reçu Menton-Presse dans sa permanence. Report du texte sur la police municipale, effectifs du commissariat, navette maritime, classe sauvée à Sospel, binôme Le Pen-Bardella : entretien en trois temps, de l’actualité parlementaire à la présidentielle.
« Ce budget sera tricoté pour piéger le Rassemblement national »
Le projet de loi renforçant les compétences des policiers municipaux devait être examiné en séance ce mois-ci. Il est reporté. Vous le regrettez ?
J’ai suivi la genèse de ce texte en commission des lois, en avril, quand je suis entré à l’Assemblée nationale. C’est un des premiers que nous avons examinés. Nous le soutenions, et surtout nous l’avions amendé, notamment avec mon collègue Michaël Taverne, qui est policier. Il était à la demande de tous les syndicats de police municipale.
Il vous convenait tel quel ?
Honnêtement, il n’allait pas assez loin à notre goût, notamment sur les interpellations possibles par la police municipale, tout en respectant ce qu’elle est : une police de proximité. Mais il renforçait ses moyens.
Pourquoi ce report, selon vous ? Certains dénoncent un agenda politique.
Il devait être voté en septembre, avant le budget. Repousser la reprise de l’Assemblée à début octobre, alors qu’on n’a toujours pas la date, veut dire des moyens en moins pour la police municipale. C’est à la fois triste et révélateur du cynisme de ce gouvernement. Tout est fait pour retarder l’examen du budget, qui sera tricoté pour piéger le Rassemblement national.
Sur les effectifs de police, les syndicats ont alerté tout l’été. Avez-vous obtenu quelque chose pour les Alpes-Maritimes ?
Pas grand-chose. J’ai signé la proposition de mon collègue Cyril Tribuiani (député de la 6e circonscription) demandant cent renforts. Nous n’avons toujours aucune réponse du ministre de l’Intérieur. J’ai cosigné un courrier avec le maire de Menton pour une augmentation des effectifs sur la ville : resté sans réponse. Il n’y a rien à attendre de ce gouvernement et de Laurent Nuñez en matière de sécurité.
Donc aucun renfort avant l’année prochaine ?
Je le pense sincèrement. Nous saisissons, nous dénonçons, mais nous n’avons pas les manettes. Il n’y aura que la victoire de Marine Le Pen en 2027 qui permettra un vrai sursaut. Nous présenterons notre programme de sécurité intérieure dans les prochains mois. Matthieu Valet, ancien commissaire de police, travaille sur tous ces points.
Que vous disent les syndicats, concrètement ?
Le manque criant d’effectifs, encore plus à l’est du département. Le commissariat de Menton couvre la zone police jusqu’à Beausoleil : tout le monde connaît les difficultés de circulation entre les deux, et quand il n’y a qu’un équipage disponible, c’est très compliqué. La police nationale répond à l’urgence, et très bien, mais elle n’a pas assez d’agents pour le travail de fond, pour aller chercher les criminels. C’est pour ça que nous avons demandé davantage d’enquêteurs et d’OPJ.
Et la police municipale de Menton, dont la nouvelle municipalité a fait une priorité ?
Ce n’est pas à moi de faire le bilan de l’été, c’est à la mairie. Mais il y a une vraie reprise en main du service. La nouvelle directrice de la police municipale sera présentée la semaine prochaine : il n’y avait pas de directeur jusqu’à présent. Une dizaine de policiers municipaux vont être recrutés d’ici la fin de l’année, et l’arrêté anti-mendicité n’a pas été retoqué sur le fond. Quand il y a une volonté politique, on peut faire quelque chose, même à l’échelle locale.
« Nous sommes tous autour de la même table »
En avril, vous disiez qu’il ne fallait pas voir la frontière que par le prisme de la sécurité. Qu’avez-vous obtenu avec Monaco et l’Italie ?
Ce territoire a parfois une image de bout de la France, enclavé, alors que sa richesse est justement liée à sa situation frontalière. J’ai été reçu en audience solennelle par le prince Albert un mois après mon élection, j’ai intégré les groupes d’amitié Monaco et Italie, j’ai été reçu par Christophe Mirmand, devenu ministre d’État, et je cultive de très bons liens avec Flavio Di Muro, le maire de Vintimille.
Concrètement, sur quoi travaillez-vous ?
Sur la mobilité. Le changement politique à la tête de la Métropole de Nice, dont fait partie une part de ma circonscription, a permis d’entamer des discussions avec Monaco et le maire de Cap-d’Ail pour relancer la navette maritime, avec un test entre Nice et Cap-d’Ail. C’est un vieux serpent de mer, mais il y a une volonté d’entrer en phase de test, pour savoir si cette navette est fiable 365 jours par an, pour les touristes comme pour les pendulaires.

Et le métro ?
Une étude commandée par Philippe Ortelli (président de la Fédération des entreprises monégasques) devrait aboutir dans les prochains mois. Dans les années 50, ceux qui ont tracé les autoroutes étaient visionnaires, et personne aujourd’hui ne dit qu’elles n’ont pas désenclavé nos territoires.
On parle d’un horizon à quinze ans.
Le métro n’est pas l’unique solution. J’ai rencontré il y a une semaine Valentin Lopez, le maire de La Turbie : la bretelle de l’A8 a délesté sa commune, mais reporté le trafic sur Beausoleil et Monaco. Il n’y a pas de solution miracle. Métro, navette, parkings de dissuasion, bus : c’est tout un écosystème à développer, et il nous manque encore un chaînon, le ministre des Transports.
Le tronçon manquant de la piste cyclable vers Vintimille est financé, pour 2028. Où en est le tracé ?
Il n’a pas encore été délimité et fera l’objet de nombreuses consultations, parce que notre littoral est très contraint. Mais tous les acteurs sont favorables, et je pense que nous obtiendrons des financements européens. Il faudra le faire intelligemment, pour ne pas refaire les erreurs de la précédente municipalité sur la piste de Garavan et du quai Bonaparte, faite à la va-vite.
Vous avez sillonné la circonscription tout l’été. Que vous remontent les maires ?
On leur enlève des moyens financiers, avec de moins en moins de dotations, tout en leur donnant de plus en plus de responsabilités. 95 % des maires de France ont une indemnité autour de 600 euros, et pourtant c’est du 24 heures sur 24. Avec Marine Le Pen, nous proposons une revalorisation des indemnités de certains maires.
À Sospel, une classe menacée a été sauvée.
Sa fermeture était annoncée pour septembre. Aux côtés de Christophe Brunengo, le maire élu en mars dernier, j’ai saisi le ministre de l’Éducation nationale et plusieurs fois la rectrice. Nous avons eu la bonne nouvelle la semaine dernière, avec un inspecteur d’académie venu compter les élèves sur place, pour vérifier que le maire ne mentait pas. C’est dire la déconnexion. Si on supprime des classes pour un élève de plus ou de moins, c’est ce qui condamne à moyen terme la vie dans ces villages.
Vous aviez « un an pour faire vos marques ». À mi-parcours ?
J’ai finalement intégré la commission des lois plutôt que les Affaires étrangères, et je ne le regrette pas : c’est la commission qui siège le plus, on y étudie 80 % des textes, on est très vite dans le bain. J’ai posé ma première question au gouvernement et je me suis exprimé sur la loi fin de vie. Sur le sport et le patrimoine, je ferai des annonces pendant le budget.
« Jordan Bardella a gagné ses sous en vendant ses livres »
Marine Le Pen est candidate, Jordan Bardella numéro deux. La presse évoque des tensions dans le binôme.
Il n’y en a pas. La presse de gauche rêverait de cette dissension. C’est la seule ficelle qui leur reste. Marine Le Pen est la candidate naturelle du Rassemblement national, et Jordan Bardella sera sans nul doute le prochain Premier ministre.
On parle aussi de son train de vie.
Jordan Bardella a gagné ses sous en vendant ses livres. Comme tout bon Français, il en a le droit. Il n’a pas volé son argent.
Louis Sarkozy affirme que son ombre plane au-dessus de vous. Qu’avez-vous à lui répondre ?
Je ne sais pas d’où il sort ça, sûrement de milieux parisiens qui ne sont pas les miens. Moi, j’aimerais que Louis Sarkozy se présente aux législatives : il est celui qui représente le mieux le camp central. Mais il ne faut pas renier son étiquette. Il y avait bien le logo Renaissance sur ses tracts municipaux, et maintenant il s’affiche avec Sarah Knafo.
Comment vous impliquez-vous dans la campagne ?
Je suis responsable du Rassemblement national sur la circonscription. Nous allons coordonner des comités de campagne, sur le littoral comme dans la ruralité. Cet après-midi (mercredi 9 septembre), je distribue la lettre de Marine Le Pen aux buralistes. Chez nous, la surtaxation du tabac n’a fait qu’encourager les gens à traverser la frontière, où le paquet coûte trois fois moins cher. Nous proposons un gel de l’escalade de la taxation.

