La plus grosse association de la ville fait sa rentrée sur ses courts en terre battue, avec une convention municipale à renégocier d’ici octobre 2027. Effectifs, tennis féminin, tournoi ITF, refus assumé du padel et première journée Octobre rose : le vice-président du club séculaire, Patrice Viguier, répond à Menton-Presse.
Les inscriptions viennent d’ouvrir. Quelle tendance pour la saison 2026-2027 ?
C’est compliqué de donner des chiffres définitifs la première semaine de septembre : les inscriptions ont réellement commencé lundi, et les parents se ruent sur l’école de tennis. Mais la tendance sera bonne. Au vu du forum des associations, on restera sur environ 250 enfants à l’école de tennis et une grosse cinquantaine au pôle perfectionnement. Et au dernier comité directeur, on comptait déjà 25 nouveaux membres.
Et les adultes ?
C’est un dossier repris il y a quatre ans avec Steve, l’un de nos professeurs. On est reparti de très bas : moins de dix personnes. On est passé à 24, puis 60, 84 et 124 créneaux l’année dernière. Aujourd’hui, on en est déjà à 94, et ceux qu’on a perdus sont partis pour des raisons professionnelles ou des déplacements à l’étranger.
Le club revendique 600 licenciés. Vous les tiendrez ?
Je ne m’engagerai pas sur un chiffre tant qu’on n’aura pas un mois de recul. Septembre, c’est le mois des réinscriptions et des nouveaux. Les vraies statistiques, on ne pourra les sortir qu’en quatrième semaine, mais nous devrions tourner autour de six cents.

Le tennis féminin a été votre priorité pendant plus d’un an. Pourquoi ?
On a constaté qu’il était à un niveau très bas chez nous, et on s’est rendu compte que c’était la situation dans tous les clubs de France. On a voulu comprendre ce qui freinait ces dames, et on a compris très vite : la crainte de ne pas avoir de partenaire de jeu. On a pris un engagement : « Vous ne rencontrerez pas cette situation au Tennis Club de Menton, on s’engage à vous trouver des partenaires. »
Comment ?
D’abord en les intégrant aux entraînements adultes. Puis on a créé un groupe WhatsApp quatrième série, 95 personnes l’an dernier : « Moi c’est Christine, je joue tel niveau, qui veut jouer jeudi ? » Ça matchait tout de suite. On a ajouté des animations sur la mixité le samedi après-midi et la coupe mixte de la Fédération.
Avec quel résultat ?
On est passé à 84 personnes à l’entraînement adulte avec 30 % de femmes, puis à 124 créneaux avec 33 %. La crainte, c’était l’effet soufflé. Non seulement on n’a pas perdu de femmes, mais on en a gagné. Chez les moins de 18 ans, les chiffres officiels du printemps 2025 donnaient 20,4 % de filles chez nous, contre 18,1 % dans le département et 15,2 % en PACA. C’est pour ça que le comité départemental nous a choisis pour la première Licorne Cup, en décembre, avec Alizé Cornet.
Le club est labellisé Roland-Garros. La terre battue est-elle encore tenable ?
On souffre de plus en plus des conditions climatiques. Dès qu’il y a un coup de vent, on repasse 70 sacs le lendemain. L’année dernière, on a eu 18 000 euros de dépassement sur la terre par rapport à l’année précédente. Refaire les têtes de court, on l’a fait il y a deux ans, c’est 15 000 euros. Refaire un plateau entier, c’est 80 à 90 000 euros. La Fédération veut maintenir la terre battue et pousse les subventions jusqu’à 70 %, mais pour une association, les coûts restent énormes.
Et l’eau ?
On va installer des compteurs sur les courts pour mesurer les consommations réelles. Si un jour un arrêté préfectoral vise les terrains de tennis, on pourra dire ce que consomme vraiment un court, au lieu de supposer.
Passer sur du dur ou du synthétique ?
Non. C’est un club séculaire, on tient à garder l’aspect d’origine. Pour la petite histoire, il appartenait aux Anglais, il a été cédé à la mairie pour un franc symbolique avec la volonté qu’il reste toujours un club de tennis. Onze mille mètres carrés en plein cœur de Menton. Si un jour on devait aller vers une terre battue version deux (base synthétique), ce serait pour des raisons économiques ou climatiques. Mais la volonté est de rester sur ce que l’on fait.

Beaucoup de clubs se mettent au padel pour la rentabilité.
Pas nous. Il y a des années, une association de riverains était déjà montée au créneau à la mairie. On a suivi Marseille, où des sommes colossales ont été investies avant démontage, et surtout le Nice LTC l’an dernier, où un simple couple a gagné en procédure pour faire arrêter les padels. Notre club est central, avec des habitations tout autour : c’est inconcevable. Ça peut poser un problème économique, on sait que les clubs gagnent beaucoup d’argent avec le padel, mais rester cent pour cent tennis, ça nous va bien.
Le tournoi ITF est-il maintenu ?
C’est notre plus gros événement avec l’open de juin, qui rassemble 250 à 300 joueurs, jusqu’à 450 une année. L’ITF a un grade 700, le maximum étant 1 000 : en France, seuls Beaulieu et nous l’avons. Près de 300 joueurs, 28 nationalités, les cinq continents. Des gens plutôt aisés, qui consomment : on génère entre 2 200 et 2 500 nuitées pour la ville, on met en avant les produits locaux autour du citron, et Menton se retrouve taguée jusqu’en Afrique du Sud et en Australie. Ça dure dix jours et demande une grosse organisation : bénévoles, stands, navettes vers les courts couverts de Nice quand il pleut.
On dit que votre terre est la même qu’au Rolex Monte-Carlo Masters.
On connaît très bien Michel Garcia, le responsable du Rolex, qui a longtemps conseillé des tournois ATP, à Madrid ou à Roland-Garros. On fait appel à lui pour avoir les meilleures terres battues. La qualité est très proche, et chaque année, des joueurs qui foulent la terre partout dans le monde nous font des commentaires élogieux.
Quelles nouveautés depuis deux ans ?
Le pro shop, dans une salle qui était à l’abandon. À force d’entendre les parents dire aux enfants « on va chez Decathlon acheter des chaussures », il a fallu neuf ou dix mois pour convaincre le comité directeur. Avec Dunlop, notre principal partenaire, on a une quinzaine de raquettes en prêt, une vingtaine de cordages, monofilament, multifilament, hybride, boyau, et jusqu’à vingt cordages par semaine. Les chaussures sont arrivées il y a deux ou trois mois, on a déjà fait un réassort. Et la restauration a été reprise il y a un an par Anthony et son équipe : soirée antillaise, journée années 80 avec raquettes et tenues d’époque, 120 personnes au barbecue.
Votre convention avec la Ville arrive à échéance. Où en êtes-vous ?
Elle a duré neuf ans, trois fois trois ans, et s’arrête en octobre 2027. Madame le Maire nous a confirmé il y a quinze jours qu’on serait reçus prochainement pour discuter de l’avenir du club. On est la plus grosse association de Menton, 250 enfants, le tennis au féminin, des retombées économiques. La mairie est maître d’œuvre, mais on croise les doigts pour repartir sur une nouvelle convention.
Vous organisez pour la première fois une journée Octobre rose. À quoi ressemblera-t-elle ?
Elle sera organisée le 24 octobre, de 9 à 18 heures, avec le Rotary Club de Beausoleil. Un tournoi de doubles, dames, messieurs ou mixtes, à partir de 14 ans, dress code rose, cadeau de bienvenue, déjeuner, ping-pong et initiation au pickleball. Ouvert aux licenciés de tout le bassin et aux accompagnants. Tous les bénéfices iront à la Ligue contre le cancer. On vise 96 joueurs, on cherche une marraine, et on discute avec notre partenaire d’une raquette rose dédicacée par un pro à mettre aux enchères. Ça s’inscrit dans la continuité du tennis au féminin : il y a une belle histoire à raconter.

