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    Boom des Sablettes, « effet Monaco » et clientèle italienne : ouvrir son commerce dans le pays de Menton n’a jamais été aussi stratégique

    Nos commerces Romain Boisaubert17 juin 2026 08:00MAJ :27 juin 2026 10:32
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    Initiative Menton Riviera-2
    © Romain Boisaubert / Menton-Presse

    Depuis 2001, Initiative Menton Riviera finance et accompagne les créateurs et repreneurs d’entreprises des quinze communes de l’agglomération. Sa présidente, Evelyne Cervini, revient pour Menton-Presse sur son rôle concret.

    « Nous guidons principalement les entrepreneurs, artisans et professions libérales sur le territoire de la CARF, soit quinze communes. Notre particularité : nous prêtons à titre individuel. Dans une société à deux associés, chacun reçoit son propre prêt. »

    Menton-Presse : Combien de porteurs de projets accompagnez-vous, dans quels secteurs ?

    Evelyne Cervini : Environ 130 personnes poussent notre porte chaque année. Nous en finançons entre 50 et 60, soit à peu près un dossier sur quatre. Les secteurs dominants, ici, sont l’hôtellerie-café-restauration et le tourisme. Nous sommes sur un tissu de PME et de TPE, sans véritable industrie.

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    Quelles communes de la Riviera sont les plus dynamiques ?

    Sans surprise, plutôt le littoral (Menton, Roquebrune-Cap-Martin, Beausoleil). L’arrière-pays, ce sont des villages, mais l’activité s’y développe, là encore portée par le tourisme. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce n’est pas en recul. Depuis le Covid, cela se reconstruit bien.

    La Pecoranegra - Menton
    © Romain Boisaubert / Menton-Presse

    Quels commerces emblématiques avez-vous accompagnés ?

    Nous avons de belles pépites. Mauro Colagreco, par exemple, à ses débuts, bien avant qu’il ne devienne chef étoilé. Ou Les Eaux de Menton, reprises par Julien Foucher, un ancien directeur commercial de Nissan Europe.

    Plus récemment, Demontis, un glacier né du savoir-faire d’une grand-mère italienne et relancé par sa petite-fille, qui cartonne. Ou encore Phone Cash, porté par un commerçant à la tête d’une franchise de prêt-à-porter en perte de vitesse depuis quinze ans et qui s’est reconverti dans l’achat, la revente et la réparation de téléphones. Nous l’avons soutenu par un prêt d’honneur et une aide directe, dans le cadre d’un dispositif « zéro rideau fermé ».

    Le prêt d’honneur est votre principal outil. De quoi s’agit-il, et avec quels moyens ?

    C’est un prêt à taux zéro, à titre personnel, de 7.000 à 8.000 euros en moyenne, remboursable d’un mois à quatre ans. Il s’adosse à un prêt bancaire et, surtout, consolide les fonds propres et le besoin en fonds de roulement, ce que les banques ne font pas. C’est souvent le déclencheur qui sécurise un dossier un peu tendu.

    Nous sommes en délégation de service public pour la Région Sud : chaque année, nous engageons environ 300.000 euros sur nos fonds propres, complétés par près de 200.000 euros de prêts BPI (directement versé à l’entreprise) à taux zéro, soit un demi-million injecté sur le territoire. Et auprès de nos quatre partenaires bancaires, nous générons un effet de levier de l’ordre de dix.

    Justement, les banques sont-elles devenues plus prudentes avec les créateurs ?

    Plus qu’il y a quinze ans, oui. Mais elles suivent. Dès lors qu’un business plan est travaillé et validé, elles jouent leur rôle.

    Quel est le taux de survie des entreprises que vous accompagnez ?

    À trois ans, il dépasse 95 %. Ce sont des entreprises pérennes, parce qu’il y a une vraie sélection en amont. Nous n’instruisons que les projets viables. Ce travail est mené par des experts bénévoles (comptables, banquiers, assureurs). Notre rôle est de confronter les porteurs à la réalité de leur marché. Soit les indicateurs sont au vert, soit nous leur demandons de revoir leur copie. Le but n’est pas de faire un chèque en blanc.

    Les profils ont-ils changé ?

    Beaucoup. Les créateurs sont plus jeunes – souvent 25 à 30 ans, contre 40 à 50 il y a dix ans – avec de plus en plus de femmes. L’entrepreneuriat féminin est un axe fort, dans le cadre de la politique RSE d’Initiative France. Le Covid, les ruptures conventionnelles et le statut d’auto-entrepreneur ont aussi nourri les reconversions.

    La proximité de Monaco est-elle une chance ou une concurrence ?

    Plutôt une chance. Monaco, c’est un monde à part. Nos entreprises de services aux entreprises y travaillent beaucoup, dans le yachting, par exemple. Et la moitié des actifs du bassin travaillent en Principauté. Économiquement, c’est un poids considérable. À cela s’ajoute l’Italie du Nord, un réservoir de clientèle sur les douze mois de l’année, car il faut faire un chiffre sur l’année entière, pas seulement sur la belle saison.

    Asso Rue Longue Menton
    © Romain Boisaubert / Menton-Presse

    Le tourisme mentonnais s’est-il endormi ?

    Il gagne des points d’année en année. La Fête du citron bat des records de fréquentation, l’esplanade des Sablettes s’est développée, et l’on s’oriente vers un tourisme quatre saisons. Pour les entrepreneurs bien positionnés, c’est un moteur de croissance. Ils ouvrent un deuxième point de vente, ou se repositionnent.

    La municipalité veut relancer des axes commerciaux dans le Vieux-Menton, comme la rue Longue. Pouvez-vous y contribuer ?

    Oui, en complément des autres acteurs. C’est une bonne idée. Ces locaux voûtés se prêtent bien à l’artisanat d’art. Nous venons d’ailleurs d’épauler un café qui doit ouvrir, avant la saison, au pied de la basilique Saint-Michel Archange, porté par deux frères. Et nous gérons déjà deux boutiques éphémères, sur la promenade des Sablettes et face à la mairie de Beausoleil, pour les artisans et commerçants qui ne peuvent pas tenir une boutique à l’année.

    Comment accompagner concrètement ces installations ?

    Il faut d’abord que la collectivité établisse une cartographie à jour des baux, publics et privés. Ensuite, des dispositifs permettent de suivre une personne pendant six mois pour tester son activité, avant un éventuel bail commercial classique. C’est de la dentelle, mais l’offre peut susciter la demande. Lors de l’aménagement des Sablettes, nous avions déjà accompagné près de 90 % des entrepreneurs.

    Romain Boisaubert

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