Ouvert seulement le matin, l’handiplage de Menton cristallise les attentes des personnes en situation de handicap. L’association Handiway réclame une ouverture permanente, quand la Ville plaide le calendrier et annonce des avancées pour l’an prochain.
Chaque matin, de 9 heures à 13 heures, des fauteuils rejoignent le bord de l’eau aux Sablettes, accompagnés par le personnel et équipés de tiralos. L’après-midi, le site reste ouvert, mais sans surveillance.
Depuis la fermeture de l’handiplage voisin de Roquebrune-Cap-Martin, la question s’est faite plus pressante.
La Ville a bien lâché du lest en ouvrant certains vendredis après-midi. Un geste que Laurence Kasprzycki accueille avec autant de reconnaissance que de lucidité.
« C’est positif, ça veut dire que c’est mieux que rien » concède dans Menton-Presse la présidente de Handiway. « Mais nous demandions une ouverture officielle, réelle et permanente. Là, on recolle les morceaux, on met des petits pansements. »
La Ville dit vouloir la journée complète
Un constat partagé par l’élue déléguée au handicap. « Je souhaiterais que ce service soit ouvert toute la journée » nous répond Agnès Cardinali.
À l’arrivée de la nouvelle équipe municipale, le personnel saisonnier avait déjà été recruté sur les anciens horaires.

L’objectif est désormais affiché pour l’an prochain, avec des agents présents jusqu’à 18 heures.
« On a bien conscience que des personnes en situation de handicap ont des soins le matin et sont pénalisées de ne pas pouvoir se baigner l’après-midi » reconnaît celle qui travaille étroitement avec la mission handicap du CCAS, désormais responsable du site.
Une association née d’un basculement intime
Handiway est née en juin 2023, d’une histoire personnelle. Installée à Menton depuis 2017, Laurence Kasprzycki est devenue l’aidante principale de son compagnon, dont l’état s’est progressivement dégradé.
En entrant dans cette réalité, elle découvre l’envers du décor. « Du point de vue de l’accessibilité, il n’y avait rien, ou très peu » résume-t-elle.
« Le handicap fait encore peur. Mais plus on en parle, plus on le voit, et plus la peur recule »
Laurence Kasprzycki, présidente de l’association Handiway
Son texte de référence, c’est la loi du 11 février 2005 : là où une personne valide peut aller, une personne en situation de handicap doit pouvoir aller aussi.
Elle accordait dix ans aux établissements recevant du public pour se mettre en conformité, avant que l’État ne prolonge les délais jusqu’en 2024, faute de résultats. Aujourd’hui encore, le Défenseur des droits constate que l’accessibilité n’est pas effective partout.
Une commission enfin créée
Les deux femmes s’accordent sur un constat. Menton n’avait pas de commission communale d’accessibilité, alors que la loi l’impose aux communes de plus de 5 000 habitants.
Créée à la demande d’Alexandra Masson, l’instance sera présentée au conseil municipal de septembre, pour un début des travaux en octobre.
Un point de friction subsiste. L’association s’est émue que les élus d’opposition n’y siègent pas.
Agnès Cardinali renvoie aux critères de candidature, qui écartent l’ensemble des membres du conseil municipal, majorité comprise. « Ce n’est pas une discrimination », insiste-t-elle. Seules y figurent la maire, qui la préside, et l’élue déléguée au handicap.
Base nautique et stationnement
Autre dossier sensible, la base nautique, dont l’association déplore l’arrêt des créneaux de voile réservés aux personnes à mobilité réduite.
L’élue, qui dit ne pas avoir « tous les éléments » sur cet équipement géré par l’office de tourisme, évoque des travaux dès novembre et un dispositif de mise à l’eau pour la saison prochaine.

Côté stationnement, les aménagements du front de mer ont supprimé des places, désormais reportées dans les parkings. Une mesure a toutefois été obtenue pour l’été.
« Il nous a été remis des tickets de parking, de façon à ce que les personnes qui viennent à l’handiplage bénéficient de la gratuité » détaille Agnès Cardinali, qui salue un geste « très sympathique et généreux » de l’exploitant du parking Vieille Ville-Sablettes.
Le recensement des emplacements manquants, lui, attend la rentrée. « Les places PMR, c’est à l’étude. »
Informer plutôt qu’accabler
Restent les commerces, souvent dépourvus de rampes d’accès. Laurence Kasprzycki refuse pourtant d’accabler les commerçants.
« Dès qu’on parle d’accessibilité, les gens ont peur, ils se demandent combien ça va coûter. C’est légitime, parce qu’il n’y a pas d’information. » Même constat sur les bus, dont les rampes doivent encore être dépliées à la main par le chauffeur.
Face à l’ampleur du chantier, la présidente mise sur le collectif. Une dizaine d’associations se sont déjà réunies pour peser d’une même voix.
« Plus on est, plus on a de poids » veut-elle croire. « Le handicap fait encore peur. Mais plus on en parle, plus on le voit, et plus la peur recule. »

