Réélu sans concurrent en mars, le maire de Castillon, Olivier Chantreau, entame un second mandat avec deux dossiers à un million et demi d’euros et un village privé de restaurant depuis le printemps. Connu pour son franc-parler, l’élu assume dans Menton-Presse sa méthode : « ne jamais rien promettre.»
Quel bilan tirez-vous du mandat écoulé ?
Tous les dossiers sur lesquels on s’était engagé entre 2020 et 2026 ont été réalisés, plus d’autres qui n’étaient pas prévus. La rénovation intégrale du chemin de Remégon, le passage Solférino, le talus des Arcades du Serre qui avait glissé après les pluies diluviennes de 2019… Nous avons achevé ces six années avec toutes les voiries communales refaites.
Vous avez été le seul candidat en 2026. Comment l’expliquez-vous ?
L’équipe municipale a été renouvelée pour moitié. Les personnes qui n’ont pas continué ne se sont pas reconnues dans l’exercice, parce que l’administration est extrêmement lourde. Quand on est assis dans le public et qu’on entend un maire parler, on a souvent envie de dire : « Moi, à votre place, je ferais ceci. » Tant qu’on n’est pas dans son fauteuil, on ne peut pas comprendre.
Quels sont vos principaux projets en cours ?
Le premier, c’est le stationnement. Castillon n’a pas une offre suffisante. Le programme est déjà ficelé, à savoir doubler la surface du parking de la Bergerie. Il datait du mandat précédent. Faute de moyens, nous n’avions pas pu le mettre en œuvre. Nous le reconduisons. L’objectif, c’est vingt places. Nous sommes sur un territoire extrêmement contraint. Toute la commune est classée Natura 2000, avec les avantages et les inconvénients que cela comporte.

Il y a aussi la question de la salle des fêtes…
Depuis 2008, on la surnomme « la verrue de Castillon ». Trois cents mètres carrés qui devaient accueillir une salle des fêtes, d’exposition, de réception. Des malfaçons, puis une procédure qui n’a abouti qu’en 2024, où la mairie a récupéré bien difficilement quelques menues monnaies. Entre-temps, la salle est restée à l’abandon, avec du squat, des dégradations. Nous avons décidé avec le conseil municipal de lui rendre sa vocation d’origine.
À quelle échéance ?
Trois ou quatre ans, pas avant. Et peut-être pour un seul des deux projets. Mis côte à côte, ces dossiers (la salle et le parking) représentent un million et demi d’euros. On est loin de les avoir.
Pourquoi est-ce si difficile pour une commune rurale ?
Ce qui est compliqué, c’est la trésorerie. Même si tout investissement est subventionnable par le Département, la Région, la CARF ou l’État, la commune doit honorer l’intégralité des factures avant de recevoir les subventions. Si j’ai un investissement à réaliser, il faut que je le paye avant de récupérer les quatre-vingts pour cent qui pourraient m’être accordés. Castillon, ce n’est pas Marseille, Nice, ni même Menton.
Comment fait-on patienter la population ?
On lui parle, on lui explique. Et vous ne m’entendrez jamais prononcer le terme « promettre ». Quand on est élu, on ne peut pas se permettre de faire des promesses, parce que c’est la seule chose qu’on n’est pas capable de tenir. Un engagement, ce n’est pas une promesse.

Le seul restaurant du village a fermé le 30 mai. Où en est-on ?
Je ne m’étendrai pas sur la façon dont l’arrêt de l’exploitation s’est fait. Ce qui m’intéresse, c’est que les choses repartent, parce qu’ici, nous n’avons aucun service. J’ai deux établissements. L’un vient d’être attribué à une exploitante qui fera de l’événementiel et du traiteur, avec un point de vente, des boissons et du pain. Ce ne sera pas de la restauration à proprement parler, plutôt un lieu où manger une planche apéritive.
Et pour le restaurant lui-même ?
Je n’ai pas de piste. Je parle pourtant à énormément de monde, des professionnels, des collègues élus. En 2026, pardonnez-moi l’expression, mais sortir du pognon pour s’engager dans un restaurant d’un village du Moyen Pays, il faut les avoir bien accrochés. La bonne personne existe forcément, mais je ne l’ai pas encore.
Que faut-il pour attirer un exploitant ?
Je propose un établissement livré clés en main, avec un loyer. Après, je ne suis pas restaurateur, je ne sais pas ce qu’il faut dans une cuisine. Ce que je veux, c’est que le touriste, le randonneur, le cycliste, le motard comme l’habitant puissent s’asseoir en terrasse pour un café le matin ou un apéro le samedi soir. Quand on doit descendre à Menton ou monter à Sospel pour boire un verre, moi, je reste chez moi.
Comment comptez-vous faire venir du monde ?
Castillon est un village d’artistes, c’est écrit sur le panneau à l’entrée, et c’est vrai : nous avons des maîtres verriers, des sculpteurs, des peintres. Mais il faut une bonne raison de venir. Je crois que c’est en s’appuyant sur l’histoire du village qu’on y parviendra. Castillon a été détruit deux fois, par le tremblement de terre de 1887 puis par les bombardements de 1944. Le village actuel date de 1951. Nous avons décidé de faire du col de Castillon un pôle historique, avec une mise en valeur des ruines, des aires de pique-nique, des jeux pour enfants, un parcours santé et des explications sur ce qui s’est passé ici. Le tout à l’horizon 2030-2031.

La sécurité était un axe de votre campagne. Qu’avez-vous fait ?
La vidéoprotection a été installée sous le précédent mandat, nous avons sept caméras et nous demandons une extension pour couvrir toute la commune. La particularité de Castillon, c’est que quand vous entrez dans un quartier, vous ne pouvez ressortir que par là où vous êtes entré. Cela facilite la surveillance. Nous avons aussi mis en place la participation citoyenne, avec une convention signée avec la gendarmerie et la préfecture, et créé une réserve communale de sécurité civile.
Comment travaillez-vous avec la CARF et sa nouvelle présidente, Alexandra Masson ?
Très bien. Elle s’investit beaucoup sur le territoire qu’elle préside. Comme je le dis toujours, dans « communauté d’agglomération », le mot principal, c’est communauté, pas agglomération.
Certains maires de l’arrière-pays regrettent que tout se concentre sur le littoral. Partagez-vous ce sentiment ?
Je n’ai pas cette impression. Face à nous, il y a des communes qui avoisinent les trente mille habitants, avec des budgets bien plus importants que les villages perchés, comme on nous appelle. Et il y a des sujets qui relèvent de l’intérêt communautaire et n’existent pas forcément ailleurs. La CARF est présente à Castillon. Elle finance et pilote la nouvelle station d’épuration, elle a pris en charge les réseaux lors du passage Solférino. Nous avons tous des critères d’attribution liés à notre densité de population. Il faut le savoir et surtout l’admettre.

