Des dossiers qui s’entassent et des effectifs réduits à peau de chagrin. Dans une lettre ouverte, le syndicat Alliance Police Nationale 06 avertit sur la situation critique des services d’investigation dans les Alpes-Maritimes. Une crise qui n’épargne pas le commissariat de Menton.
Face à des chiffres de la délinquance qui s’affolent, le quotidien des enquêteurs azuréens ressemble à une course contre la montre. De Nice à Menton, les services de police judiciaire suffoquent sous les affaires pendant que les commissariats se vident.
Ce jeudi 6 août, dans une publication au titre sans détour – « Les services d’investigation des Alpes-Maritimes au fond du gouffre : il y a urgence » -, Alliance Police Nationale 06 interpelle l’État.
« Il ne s’agit plus d’une simple alerte, il s’agit d’un appel à une mobilisation immédiate » prévient son secrétaire départemental, Julien Hausknecht, qui avait déjà tiré la sonnette d’alarme dans Menton-Presse.
« Une gestion permanente de crise »
Les chiffres avancés par le syndicat donnent le vertige. À Nice, la Brigade des accidents alignait vingt-et-un enquêteurs en 2015. Ils ne sont plus que huit, et pourraient tomber à cinq en septembre, dont un seul OPJ, pour plus de 11 000 procédures.

Au groupe Violences intrafamiliales, l’activité a bondi de 323 % depuis 2018 : début juin, 1 468 dossiers étaient recensés pour douze enquêteurs. La Brigade des mineurs, elle, gère près de 600 dossiers, dont environ 180 à caractère sexuel.
Faute de personnels administratifs en nombre suffisant, les enquêteurs passent désormais des heures sur des tâches de gestion. Conséquences, les délais s’allongent pour les victimes, parfois sur plusieurs années.
Le commissariat de Menton parmi les services touchés
La crise « ne se limite plus à Nice », prévient Alliance 06. Si Cannes concentre l’attention, avec plus de quatorze départs annoncés à la rentrée de septembre, l’organisation cite aussi, aux côtés de Grasse et de Cagnes-sur-Mer, le commissariat de la cité du citron, confronté selon lui à « un déficit chronique d’enquêteurs, une augmentation constante des procédures et une accumulation des dossiers en attente. »

Un constat qui fait écho aux propos du chef de la circonscription de Menton, Yannick Dupin, qui reconnaissait récemment dans nos colonnes un « manque d’effectifs, comme la police nationale en général », tout en saluant l’engagement de ses agents et le renfort des réservistes.
La frontière et le coût de la vie en cause
Pour le syndicat, la situation cumule les handicaps propres à l’est du département. La proximité de la frontière italienne, une forte pression touristique et un coût de la vie parmi les plus élevés de France, doublé d’une pénurie de logements accessibles qui fait fuir les candidats.
Alliance 06 réclame des mesures immédiates : l’arrivée de 40 assistants d’enquête sur le département, une revalorisation de la fonction d’OPJ et un allègement des tâches administratives, mais aussi une indemnité de résidence de 3 % et une prime de fidélisation calquée sur le modèle parisien.

