Dans Menton-Presse, Nicolas Flament, président de l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie du pays mentonnais, annonce des taux d’occupation proches de 100 % en juillet-août et un mois de septembre qui s’annonce « excellent. » Plages, Airbnb, pergolas du quai Bonaparte, ouverture sur l’Italie… celui qui reconnaît à la ville « un haut potentiel » attend 2027 avec impatience.
Dans l’hôtellerie, on annonce entre 5 et 15 % de baisse dans les Alpes-Maritimes. La Riviera est-elle touchée ?
Ça peut arriver, mais n’est pas le cas sur Menton. Ces chiffres, je les ai entendus comme vous, mais ce sont des moyennes, et elles sont trompeuses. Si d’autres destinations enregistrent entre -5 et -15 %, Menton limite la casse. En revanche, je pense que le recul est marqué dans le haut pays.
Comment expliquez-vous ce tassement général ?
Depuis l’après-Covid, on a connu des évolutions à deux chiffres. On arrive un peu au bout d’une croissance qui pouvait être considérée comme folle, la revanche du Covid. On est revenu à un chiffre, et là, tout doucement, on stabilise les prix et les taux d’occupation.
Et chez vous, concrètement ?
Sur juillet et août, les hôtels affichaient quasiment 100 % de taux d’occupation. La première partie d’année a été mémorable : un mois de mai record, un mois de juin record. Le Grand Prix décalé en juin nous faisait très peur, et finalement ça a très bien fonctionné. En juillet, on continue d’enregistrer une légère croissance, contrairement à d’autres destinations. Août est un peu en dessous de l’an dernier. Mais on s’apprête à faire un mois de septembre excellent.

Alors, année record ou pas ?
Je pense que oui. Février, mars, avril au-dessus, juillet stabilisé, août légèrement en dessous. Il n’y a que le mois d’août qui décroche.
Toutes les catégories d’hôtels tirent-elles le même profit ?
Non, et c’est ce qui caractérise une évolution que je qualifie de molle. Les trois et quatre étoiles commencent à plafonner. En revanche, les un et deux étoiles tirent leur épingle du jeu, grâce à une élévation de leur prix moyen : plusieurs se sont rénovés et ont fait monter leur proposition en gamme. Quant aux quatre et cinq étoiles, ils restent à près de 100 % d’occupation, mais leurs prix stagnent ou évoluent peu.
Pourquoi ?
Parce que l’offre est limitée à ce qu’on connaît. Il n’y a pas de renouvellement. Il y a eu une montée en gamme il y a quatre ou cinq ans, avec le Prince de Galles, avec la rénovation du Riva. Mais maintenant qu’ils ont rencontré leur clientèle, l’offre stagne. Et elle stagne à partir du moment où l’on ne rend pas la destination plus désirable.
Vous parlez d’un « haut potentiel » pour Menton. À quoi le voyez-vous ?
Sur les dernières années, les croissances sont plus fortes ici qu’ailleurs sur la Côte, en taux d’occupation comme en prix. La notoriété explose sur Instagram et TikTok. Et l’indice de recommandation est nettement plus élevé chez nous que la moyenne du département. Les clients viennent, ils sont satisfaits, ils sont charmés par la ville. Ça veut dire qu’on a un potentiel de vente.
Le séjour moyen reste pourtant court.
Deux virgule cinq jours. Notre enjeu n’est pas de doubler la durée de séjour, c’est d’en gagner un, deux de plus. Ça nous permettrait de construire un vrai parcours de visite. Aujourd’hui, avec deux jours et demi, ils visitent nos jardins et nos façades, mais on a beaucoup de mal à les faire monter dans le haut pays. L’idée, c’est qu’une fois qu’ils sont chez nous, ils fassent une journée en Italie, une journée à Monaco, mais aussi deux ou trois jours sur la CARF.

L’ouverture vers l’Italie fait-elle partie de la solution ?
Bien sûr. Monaco draine une image haut de gamme qui nous est très précieuse, et l’Italie une image authentique, avec des chiffres du tourisme sans cesse en augmentation. Lors de nos dernières réunions avec nos confrères italiens, les élus de Vintimille nous ont présenté leurs plans d’investissement : hôtellerie, nautisme, ports, une école internationale qu’ils veulent accueillir. La montée en gamme est évidente. On a tout à y gagner.
Quelle est l’identité de Menton, selon vous ?
L’élégance, les jardins, la dolce vita. C’est totalement différent de Cannes, de Saint-Tropez, de Nice. Nous avons un ADN à triple identité : monégasque, italienne, française. Cannes a pour raison d’être l’événement, Monaco assume totalement la sienne, Nice aussi. Nous, on se découvre, mais on ne s’assume pas encore. Les touristes reconnaissent un art de vivre que nous ne revendiquons pas et dont nous ne faisons pas un outil commercial. C’est dommage.
Et les restaurateurs ? Le département a alerté sur leurs difficultés.
Menton n’échappe pas à la règle, mais il y a une vraie disparité. Certains vivent de la clientèle locale toute l’année, d’autres dépendent de l’été et du climat. Sur le quai, à l’abri et en terrasse climatisée, ils ont fait une très belle saison. En bord de mer, avec la chaleur, les services du midi ont été compliqués. S’y ajoutent des problématiques nationales : difficulté à recruter, pouvoir d’achat en baisse, charges en hausse. On oublie que la rentabilité finale d’un restaurant tourne autour de 5 % quand ça marche bien. 10 %, c’est exceptionnel.
Le dossier des terrasses du quai Bonaparte vous préoccupe.
Après la rénovation du quai, des restaurateurs se sont dit : on va avoir un quai tout neuf, il faut que ma devanture soit à la hauteur. Ils ont investi entre trente et cinquante mille euros dans des pergolas. Sauf que le plan de sauvegarde ne permet ici que des stores bannes. Il y a eu une grosse incompréhension avec l’ancienne municipalité, et ils sont aujourd’hui contraints de démonter. La bonne nouvelle, c’est que notre syndicat est allé discuter avec les Bâtiments de France pour que la Ville modifie son plan et permette demain d’exploiter ces terrasses en protégeant les clients de la chaleur comme du froid.

Que manque-t-il à Menton pour franchir un cap ?
Il faut honorer la promesse d’une ville balnéaire. Développer le nautisme, remettre en place les plages privées. Nous sommes peut-être la seule destination avec seulement trois plages, et elles sont tout le temps pleines. Il faut une eau cristalline, sur juillet-août. Même si les analyses disent que ce n’est pas dangereux, les gens ont peur, et ce n’est pas joli sur les photos. Ajoutez un hôtel dont le chantier est à l’arrêt. Nos clients sont là, ils sont ravis, mais notre outil de travail mérite d’être affûté.
Comment jugez-vous les premiers mois de la nouvelle municipalité ?
Ils ont été élus en mars, ils essaient d’animer, ils font preuve d’énergie. On ne peut pas critiquer les initiatives prises. Ils sont en proximité avec nous. La municipalité est venue devant notre conseil d’administration nous exposer ses grands projets, et on a senti un certain enthousiasme et une bonne compréhension de nos enjeux. Sur la propreté, il y a encore du travail. Sur les grands dossiers (Airbnb, l’identité balnéaire, la sécurité, la trajectoire de communication), on attend.
Vous placez donc vos espoirs sur 2027 ?
La saison 2027 sera déterminante, parce qu’elle reflétera les premières grandes décisions. Certaines produisent des effets à court terme, la sécurité par exemple. Une trajectoire de communication, elle, ne se construit pas en six mois. C’est plutôt quatre à six ans. Du moment qu’on comprend bien où la ville veut aller, pour nous, c’est que du plaisir. Mais nos investissements ne seront sublimés que si la Ville engage la trajectoire qu’on espère

