Un arrêté ministériel vient d’homologuer le nouveau cahier des charges de l’IGP Citron de Menton. Désormais, les fruits « déclassés », jusqu’ici écartés voire laissés sur l’arbre, pourront porter le label, à condition d’être transformés.
Longtemps, ils finissaient au sol ou à la poubelle. Trop petits, trop gros, tordus ou marqués de quelques défauts, les citrons dits « déclassés » n’avaient pas droit au précieux label. C’est désormais fini.
Depuis le 1er août, l’or jaune dispose d’un nouveau cahier des charges, homologué par arrêté ministériel. L’aboutissement de plus de deux ans de travail mené par l’Association pour la promotion du citron de Menton (APCM), avec l’INAO et l’organisme Certipaq.
La catégorie 2 entre dans le label
Le changement majeur tient en un mot : la catégorie 2. Ces fruits jugés trop irréguliers pour l’étal pourront désormais bénéficier de l’indication géographique protégée (IGP), mais uniquement pour la transformation. Confitures, jus, gelées… C’est une nouvelle clientèle qui s’ouvre. Les catégories extra et 1, elles, ne bougent pas.

« Notre filière va forcément augmenter au niveau du tonnage, puisqu’il y aura encore plus de fruits à passer en station » se félicite Émilie Basin, agrumicultrice et présidente de l’APCM. Des calibres plus modestes, « jusqu’à 45 millimètres », qui n’atteignaient pas la taille requise, entreront dans le circuit.
Jusqu’à un fruit sur cinq gaspillé
« Sur une saison classique, on compte entre dix et quinze pour cent de fruits déclassés » parmi ceux apportés en station, chiffre Stéphane Constantin, directeur de l’association. En y ajoutant les citrons jamais décrochés, faute de débouché, « on arrive autour de quinze à vingt pour cent. »
Autant de récoltes que les acteurs du secteur pourront enfin valoriser. Et ils sont nombreux à être concernés. La filière mentonnaise se compose « en très grande partie d’amateurs », rappelle le directeur, des cultivateurs qui n’ont ni le temps ni les moyens de commercialiser leurs petites productions. « Pour eux, c’est une aubaine. »
Les « fruits moches » à la casserole, pas à l’étal
Pas question, pour autant, de brader son image. « Ce sont ce qu’on appelle les fruits moches » résume Stéphane Constantin. Ils resteront réservés aux professionnels de la transformation et « ne finiront pas sur les étals des magasins ni vendus en direct. » Les épiceries fines et les restaurants, très demandeurs, continueront eux de s’approvisionner en catégories supérieures.

L’évolution tombe à point nommé, alors que le dérèglement climatique bouscule les récoltes. « Selon les années, on avait tendance à avoir de petits fruits qu’on ne vendait pas au prix escompté » souffle Émilie Basin, qui écoule sa propre production. « Là, ça va changer la donne. »
Le nouveau dispositif entrera en vigueur avec la prochaine cueillette, quand « les petits arriveront, en décembre. » De quoi donner une seconde vie au plus emblématique des agrumes mentonnais, même le plus cabossé.

