Les Faïences Mentonnaises fêtent leurs 130 ans. Depuis 1986, c’est Marie-Hélène Roudier qui en tient les pinceaux, alors qu’elle ne descend pas de la famille fondatrice. Rencontre dans son atelier, entre citrons peints à la main et émaux qu’il faut réinventer.
L’histoire démarre en 1896, dans le vallon du Borrigo, où se concentraient alors tous les céramistes de la ville. « Perret-Gentil a acheté l’atelier à Marie Magnat, qui était déjà sur place » raconte dans Menton-Presse Marie-Hélène Roudier.
Les bombardements de la fin de la Seconde Guerre mondiale rasent les bâtiments (le cours du Centenaire passe aujourd’hui par-dessus) et la fabrique renaît dans la maison familiale, promenade du Val-de-Menton.
C’est là que sa mère, cliente, glisse un jour dans la conversation que sa fille étudie aux Beaux-Arts. Robert Prauly, dernier de la lignée aux commandes, cherche justement un successeur. Aucun de ses enfants ne veut reprendre et les candidats qui se présentent visent surtout la structure, pour y développer leur propre production. Lui ne souhaite qu’une chose : que les Faïences Mentonnaises survivent.
Elle a dix-neuf ans, se rêve artiste-peintre, mais ses professeurs des Beaux-Arts l’ont prévenue sans détour de la réalité du métier. Le calcul est vite fait. « Ici, c’est beaucoup de peinture, beaucoup de décors. Je garde le mouvement du pinceau, et il y a aussi la fabrication » résume-t-elle.
De quoi vivre et créer à côté. Sa mère, elle, la met en garde à sa façon. « Des citrons, des citrons, toujours des citrons. » Depuis 2002, l’atelier occupe un local communal, loué à la Ville.
Retrouver des couleurs qui n’existent plus
Quarante ans plus tard, elle signe toujours ses pièces de la libellule dessinée par Perret-Gentil. Une fidélité qui a un prix : reproduire les mêmes décors avec des matières disparues du commerce. « Il faut que je trouve les nouveaux jaunes, les nouveaux verts, que j’adapte pour que ça reste la même chose » explique-t-elle.

La production tourne autour de la vaisselle, au sens large. Sur certaines séries, elle travaille avec la peintre Josiane Tricotti, qui réalise les décors quand elle-même émaille et enfourne.
En parallèle, la céramiste a ouvert une voie plus personnelle avec sa collection Méditerranée : galets de Menton, tons d’écume, coupelles en forme d’oursins. « Je développe des choses un peu différentes » glisse-t-elle, tout en tenant à distinguer ces créations du fonds patrimonial.
Des pièces commémoratives numérotées inédites
Vendre reste le nerf de la guerre. L’essentiel part de l’atelier. Elle a renoncé au marché artisanal, trop physique, alors qu’autrefois, elle livrait des boutiques de musées. Quant aux commerces de souvenirs, la concurrence peut parfois sembler déloyale.
Certains s’approvisionnent en mugs à décor de citron fabriqués à l’étranger pour quelques centimes, revendus plusieurs euros. « Le mien, c’est seize euros, et ce n’est pas cher » pose-t-elle. À ce tarif de gros, aucun revendeur ne suivrait.

Pour l’anniversaire, elle a conçu des pièces commémoratives numérotées : deux modèles d’assiettes et des gobelets. Elles seront présentées tout le mois de septembre à la « Boutique éphémère » des Sablettes, que son association « Je crée, je fabrique » loue chaque année à cette période. Ils y exposeront d’ailleurs à sept.
Reste la question qui occupe son esprit, à l’approche de la soixantaine : qui prendra la suite ? Les céramistes ne manquent pas, mais l’atelier n’est pas un local comme un autre.
« Il faut quelqu’un à la fois artiste et attaché au patrimoine, qui accepte de se priver de créativité. Je fais les 130 ans en grande pompe dans l’optique de montrer qu’il y a un vrai potentiel. »
En savoir +
- Les Faïences Mentonnaises
- 63, Boulevard du Fossan, 06500 Menton
- Téléphone : 06 64 61 92 83

