Sauvée de justesse de la démolition en 1968, laissée à l’abandon durant des décennies, la chapelle de la Madone est enfin en travaux depuis décembre 2025. Les premiers décroutages ont déjà livré une fresque aux armes des Grimaldi. Alexandra Masson, maire de Menton, vient d’écrire au prince Albert II pour relancer un projet resté en suspens depuis 1982 : la roseraie que voulait sa mère.
La chantier a démarré le 8 décembre 2025, avec une première phase à 490 000 euros répartie en trois lots. La couverture a été restaurée plutôt que refaite, les charpentes consolidées, la toiture nettoyée et les tuiles remplacées.


Mais l’essentiel s’est joué sur les murs. « Autant au niveau historique on est bien documenté, autant au niveau du bâti c’est compliqué » explique à Menton-Presse Marie-Line Champion, à la direction de l’urbanisme. D’où le choix de commencer par une phase d’investigation, destinée à comprendre l’évolution du bâtiment avant d’arrêter le projet de restauration définitif.
Ce que les murs ont révélé
Le décroutage – le retrait de l’enduit qui recouvrait les pierres – a fait apparaître des passages condamnés, d’anciennes ouvertures de part et d’autre de la nef, les traces d’un oculus qui pourrait être rouvert, et des niches latérales suggérant que le retable ne se trouvait pas à son emplacement actuel.
Surtout, une fresque très ancienne est réapparue, surmontée du blason monégasque. On retrouve les mêmes armes sur les chapiteaux latéraux, avec les initiales d’Honoré II. « C’est le seul bâtiment de Menton avec le Bastion où on retrouve les blasons monégasques » souligne la responsable. La chapelle a en effet appartenu plus de quatre siècles à la famille Grimaldi.


Les murs ont également livré des éléments de réemploi, frises et fragments de fresques intégrés à la maçonnerie, signe que ces parois ne sont pas celles d’origine.
Quant à la fresque, elle sera d’abord consolidée et fixée. Sa restauration éventuelle obéira à la Charte de Venise, qui impose de distinguer à l’œil nu les parties anciennes des parties reprises. Une reproduction sur chevalet, posée à côté de l’original laissé en l’état, fait partie des pistes.
La plus vieille chapelle de Menton
Les écrits attestent l’existence du sanctuaire dès le XIe siècle, ce qui en ferait le plus ancien lieu de culte de la ville. Certains historiens remontent même au Ve siècle, en s’appuyant sur une partie latérale et un souterrain.
L’hypothèse tient à son emplacement, aux abords de la Via Julia Augusta, la voie romaine. « On avait à l’époque des oratoires païens, qui ont été transformés au fil des siècles en lieux de culte » rappelle Marie-Line Champion, évoquant ces oratoires dédiés à Isis souvent reconvertis en sanctuaires mariaux.


Les fouilles préventives de 2022 ont apporté des éléments. De nombreuses sépultures ont été mises au jour dans le terrain situé au-dessus, et l’ossement le plus ancien a été daté du XIe siècle. Certains vestiges pourraient remonter à l’Antiquité.
Les archéologues hésitent entre deux hypothèses. La première : une canalisation qui aurait amené l’eau depuis la tour de la Noria, un ancien bassin romain situé juste en face, au Palais de Carnolès, jusqu’au couvent. La seconde : un abreuvoir, à l’époque où les lieux abritaient une écurie. « Les spécialistes n’ont pas trop de réponses là-dessus. »
De nouvelles fouilles sont programmées à partir de la mi-octobre dans le terrain du dessus, pour vérifier si un ouvrage symétrique existe de l’autre côté du jardin.
1,5 million d’euros et un chantier jusqu’en 2028
Le permis de construire a été déposé. Une consultation d’entreprises est lancée dès ce mois de septembre, et les premiers travaux de la deuxième phase pourraient débuter d’ici la fin de l’année.


Au total, l’opération est évaluée à environ 1,5 million d’euros. Le gros des travaux est attendu en 2027, pour un achèvement espéré en 2028, au plus tard en 2029. « Deux grosses années », résume la responsable, en précisant que le calendrier dépendra aussi des dons.
Une convention lie en effet la Ville à la Fondation du patrimoine pour lever des fonds. Un mécène, qui a souhaité rester anonyme, a déjà versé 100 000 euros, tandis que la Fondation Stélios de Monaco à également verser cette somme à l’initiative de l’ambassadeur de France en Principauté, Jean d’Haussonville. La collecte reste d’ailleurs encore ouverte.
La roseraie de la princesse Grace relancée
C’est le volet le plus inattendu. À la fin des années 1970, un projet de roseraie devait voir le jour aux abords de la chapelle. Des échanges se tiennent entre 1979 et 1982 entre le maire de l’époque, Francis Palmero, et le palais princier. La princesse Grace se dit intéressée.


Puis survient son accident, en 1982. Un dernier courrier du palais indique que le prince souhaite poursuivre l’idée de son épouse. « Et puis plus rien. Ça s’éteint. » Quarante-quatre ans plus tard, la Ville a repris la plume par l’intermédiaire de la maire, Alexandra Masson. Un courrier a été adressé à la mi-juillet au prince Albert II, l’invitant à reprendre le projet porté par sa mère, que son père avait souhaité poursuivre.
Aucune réponse à ce jour. Si le souverain donnait suite, Menton disposerait de son pendant de la roseraie Princesse-Grace de Monaco, sur le terrain qui jouxte l’édifice, aujourd’hui en friche, et dont une partie a été récupérée pour l’aménagement.
Un lieu de culte et un musée ?
Que deviendra la chapelle une fois restaurée ? La décision appartiendra à la municipalité, mais une piste se dessine : conserver la première travée comme lieu de culte, pour des cérémonies occasionnelles, et transformer l’espace arrière en salle d’exposition, en lien avec le Palais de Carnolès dont elle deviendrait une forme d’annexe.
Une précision juridique s’impose : aucun acte de désacralisation n’a jamais été pris. La chapelle de la Madone demeure affectée à l’exercice du culte.

