Construite en 1909 pour accompagner l’expansion de Menton hors de sa vieille-ville, l’Église du Sacré-Cœur est toujours le cœur battant de la vie paroissiale. Un édifice discret, souvent dans l’ombre de la basilique Saint-Michel Archange, mais tout aussi riche d’histoire.
Entre les façades alignées, le ronronnement des voitures et les quelques orangers, se cache l’église du Sacré-Cœur. C’est ici que l’on vient prier, se marier, se recueillir.
« À l’origine, tout se passait dans la vieille ville. Puis Menton s’est étendue. Il a fallu rapprocher les lieux de culte des habitants » explique David Rousseau, chef de projet Ville d’art et d’histoire, au micro de Menton-Presse.

« Le Sacré-Cœur est construit pour accompagner ce bouleversement urbain. La basilique est devenue plus touristique, a plus de renommée, mais la vie paroissiale, elle, est bien ici. »
Une église née avec la cité moderne
L’édifice a été inauguré en 1909, à une époque où le front de mer se bâtissait à grande vitesse, sur d’anciennes terres agricoles. « Au XIXe siècle, c’étaient surtout des citronniers. Puis on a loti, racheté les parcelles, construit des immeubles quasiment en même temps. C’est ce qui donne cette cohérence de façades dans le quartier. »

L’architecte n’est pas un inconnu. Il s’agit d’Hans-Georg Tersling, Danois installé sur la Côte, à qui l’on doit plusieurs bâtiments emblématiques de la Belle Époque mentonnaise. Autre particularité, le Sacré-Cœur n’appartient pas à la Ville.
« Elle est postérieure à la loi de 1905. Elle reste donc propriété de la paroisse. L’entretien n’est pas financé par la commune, mais par l’Église et l’évêché. » Une nuance importante, qui explique pourquoi l’édifice reste ouvert en continu, géré directement par la communauté.
Style inattendu et voûte remarquable
Le Sacré-Cœur surprend par son style néo-byzantin, assez rare par ici. Faux bossages, pierres peintes, volumes amples. « À l’époque, il n’y avait pas de plan d’urbanisme. On faisait un peu ce qu’on voulait » plaisante David Rousseau. « Ça choque parfois, mais ça permettait aussi une vraie liberté architecturale. »

La grande voûte en bois capte immédiatement le regard. La décoration, typique de la fin du XIXe siècle, tranche avec le baroque de la basilique Saint-Michel Archange.
« C’est une église assez récente, finalement. Elle est souvent méconnue. Nous la faisons visiter dans le cadre du parcours Belle Époque. Les gens sont souvent surpris. »
« Le Saint-Michel des rapatriés »
Parmi les pièces les plus singulières, une statue dorée attire l’attention : un Saint-Michel terrassant le démon. Mais celui-ci a une histoire particulière.
« C’est le Saint-Michel des rapatriés d’Algérie. Il se trouvait à Mers-el-Kébir. Les Pieds-Noirs l’ont d’abord ramené dans le Languedoc, puis à Menton il y a quelques années. Comme il y a ici une forte communauté, il a trouvé sa place dans cette église. »

Le saint sort encore en procession. Pour éviter toute rivalité symbolique avec celui de la basilique, il est désormais conservé au Sacré-Cœur. « Ce qui fait sa spécificité, c’est ce voyage. Il suit les déplacements des hommes. Et il garde cette posture très forte. Le démon est en effet enchaîné sous ses pieds. »

