Le conseiller municipal d’opposition dit pourquoi il reçoit Sarah Knafo, ce qu’il approuve et ce qu’il conteste chez la nouvelle majorité, et pronostique une candidature de Jordan Bardella dans la 4e circonscription aux prochaines législatives. Train de vie, audits, ports, sénatoriales… celui qui se revendique sans étiquette assure qu’il ne « bougera pas d’ici. »
Vous recevez Sarah Knafo à Menton le 18 septembre. Est-ce un rapprochement avec le parti Reconquête ?
Non. C’est un échange littéraire, pour la sortie de son livre. Elle est députée européenne, élue de la nation, et c’est un immense plaisir de la recevoir. C’est cohérent avec la mission de l’association des « Amis de Louis Sarkozy » : faire venir à Menton des personnalités politiques et culturelles qui ne seraient pas venues sans nous, pour faire briller la ville.
Justement, à quoi sert cette association ?
Son rôle est multiple. D’abord maintenir une présence de terrain aux côtés du groupe d’opposition, même si les deux entités sont distinctes. C’est dire aux Mentonnais : on est là, tous les jours, et si vous voulez qu’on lève un sujet au conseil, venez. Ensuite, organiser des événements intellectuels et culturels. Nous aurons des invités de presque touts les bords. J’ai d’ailleurs prévenu la mairie il y a plusieurs semaines et invité la maire : nous ne sommes pas dans une logique de confrontation, elle est la bienvenue, et elle peut dire un mot si elle le souhaite.
On vous a dit estrosiste, lisnardien, proche de Reconquête, pas allergique au RN… Où vous situez-vous réellement ?
Je ne suis encarté nulle part. J’ai des conversations avec à peu près tout le monde, oui. Et je crois que cette liberté plaît aussi aux partis, parce qu’ils ont compris pendant la campagne que je ne mâche pas mes mots. J’ai pris position sur des sujets controversés, parfois à l’opposé des familles politiques auxquelles on m’associe.
Vous ne pourriez pas vous plier à une ligne de parti ?
J’en suis pathologiquement incapable. Si demain j’adhère à un parti qui n’est pas favorable à la dépénalisation des substances, par exemple, je dirai que je ne suis pas d’accord avec mon parti. Ça arrive. Je déteste qu’on prenne les électeurs pour des imbéciles, qu’on soit pour une chose une semaine et contre la suivante parce qu’on a changé d’écurie. Je crois que c’est aussi générationnel. Nous avons été élevés avec l’idée qu’il faut assumer ses convictions, même impopulaires.
Les sénatoriales approchent. Donnerez-vous une consigne ?
Nous sommes parfaitement indépendants et nous n’obéissons à personne. Je suis en conversation avec plusieurs familles politiques, la décision n’est pas prise. Nous nous réunirons dans les semaines à venir, avec un conseil fin septembre, et nous ferons ce que nous considérons le mieux pour le territoire.

Cinq mois après l’élection, quel bilan tirez-vous de la majorité ?
Il y a des choses sur lesquelles nous sommes d’accord. La gestion des associations, par exemple : le nouveau modèle est intelligent et habilement construit. Qu’une association à but caritatif bénéficie de la gratuité du matériel ou du travail des agents, c’est normal. Qu’une association au caractère commercial ou disposant d’une trésorerie confortable en bénéficie aussi, non. Cela me semble sensé. Je reste libéral.
Et les désaccords ?
Le train de vie. La nouvelle voiture, les quinze mille euros de frais de représentation alors que cette ligne budgétaire n’existait pas sous le mandat précédent, l’augmentation des adjoints et de la maire au plafond légal.
Représenter Menton a un coût, non ?
C’est essentiel, et je ne pense pas que Jean-Claude Guibal ne représentait pas sa ville. Mais on ne peut pas écrire dans un rapport d’orientation budgétaire que tout va mal, que le taux d’épargne brute passe sous le seuil d’urgence, et augmenter les frais de représentation au même moment. Pour comparaison, l’ancienne maire de Paris disposait d’un peu moins de vingt mille euros. Menton en est à quinze mille. Dans la situation actuelle, il faut serrer la vis.
Certains vous ont trouvé moins véhément au dernier conseil. Êtes-vous rentré dans le rang ?
C’est vrai, nous l’étions moins. Nous le sommes quand un sujet nous tient à cœur. Je ne vais pas hurler pour hurler, je ne suis pas là pour faire des vidéos YouTube.
Quels dossiers remettrez-vous sur la table lors du prochain conseil ?
D’abord les audits annoncés. On nous a dit septembre, puis l’année prochaine. Nous voulons des nouvelles. La maire avait raison de les lancer, y compris l’audit immobilier : avec une crise du logement sans précédent, il y a sûrement des bâtiments municipaux inoccupés ou en attente de rénovation dont plus personne n’a de nouvelles. Ensuite l’hôtel cinq étoiles, le musée Cocteau, les Arcades, la piscine. Et les ports.
Que reprochez-vous à la position de la municipalité sur les ports ?
Alexandra Masson a fait campagne sur une reprise en régie. Je trouve l’idée désastreuse : les coûts vont exploser, la rénovation est estimée entre quinze et trente millions qu’il faudra puiser dans les caisses de la Ville, et les agents municipaux, aussi bons soient-ils, n’ont pas la technicité que réclame la gestion d’un port. Aujourd’hui, elle annonce une étude pour trouver la meilleure solution. Très bien. Pour moi, ce serait une nouvelle délégation de service public ou le maintien de la SPL.
Reconnaissez-vous que la critique est plus facile quand on n’est pas dans la majorité ?
Je veux être honnête : c’est facile de parler depuis l’opposition. La communication est bonne, la maire est présente sur le terrain. Mais sur les grands dossiers, on attend encore. J’ai l’impression qu’on est coincés en seconde et que le mandat n’a pas vraiment démarré. Elle dit ne pas vouloir vendre du rêve et avancer sérieusement. C’est peut-être sa méthode. Je le dis sincèrement : j’ai envie que la mairie réussisse, je vis ici et je paie mes impôts.

Que vous remontent les Mentonnais ?
Beaucoup m’ont arrêté dans la rue pour me remercier d’être resté. Les gens pensaient vraiment que j’allais partir. Sur le fond, nous avons eu des retours d’associations, plutôt négatifs, sur la réorganisation des aides. Nous leur avons dit que nous étions globalement d’accord avec la démarche. Il y a eu aussi une réorganisation des aides à domicile, qui nous a semblé justifiée après vérification en conseil.
Et la question des sans-abri ?
Elle revient constamment. Dans une ville qui reste sûre, c’est le premier sujet d’insécurité ressentie. Je ne critique pas la municipalité là-dessus. Le politique opère dans un environnement extrêmement contraint, et c’est d’abord un sujet associatif. Les gens veulent des réponses immédiates, c’est normal, mais nous avons les mains liées.
Serez-vous candidat aux prochaines législatives ?
Je ne sais pas. En revanche, je pense que Jordan Bardella a des yeux sur cette circonscription, maintenant qu’il n’est plus le candidat du Rassemblement national à la présidentielle. Je peux me tromper, mais je crois qu’il s’y présentera. Ce n’est pas un risque électoral. C’est une belle circonscription pour le RN à la présidentielle, aux municipales comme aux dernières législatives.
Et vos projets professionnels ?
J’ai des ouvrages en cours, mon média 21 News, avec une série d’événements liés à la présidentielle, et je m’apprête à signer avec un nouveau journal que je ne peux pas encore citer. On me verra moins sur les plateaux. Depuis que je suis conseiller municipal et communautaire, mon temps de parole est décompté, et comme je suis indépendant je tombe dans une case très restrictive. C’est un sacrifice professionnel et financier que j’assume.
Cette défaite, vous l’avez digérée ?
La défaite est plus formatrice que la victoire : elle donne des leçons par injection directe, quand la victoire les distille au goutte-à-goutte. Je n’ai pas peur de perdre, c’est pour ça que j’y suis allé dans un combat objectivement difficile. Suis-je patient ? Non. Je voulais être élu le plus vite possible. Maintenant j’ai perdu, et j’assume mes responsabilités.

