Cédric Monteiro se confie à Menton-Presse pour la première fois depuis qu’il a repris la tête du groupe « Nouvel élan pour Menton ». L’occasion, pour lui, de souligner quelques avancées de la mandature d’Alexandra Masson, mais aussi de dénoncer une méthode qu’il juge « trop verticale. »
Lors du dernier conseil municipal, la création de trois adjoints de quartier a été actée. Vous avez exprimé votre désaccord sur la forme. Pourquoi ?
C’est inédit. C’est la première fois en quarante ans qu’on crée trois adjoints de quartier rémunérés (Gilles Perez, Thierry Venem, Ida Ferrari).
Avant, il y avait douze réunions de quartier, avec des élus en charge de ces secteurs, sans compensation supplémentaire. Moi-même, j’étais bénévole en 2020 sur la commission de la vieille ville et du Fossan. La proximité, c’est une prérogative normale des élus.
Vous étiez pourtant favorable à plus de proximité par quartier…
Bien sûr, mais on aurait fait appel à des élus déjà en place. Rémunérer trois adjoints pour tenir des réunions de quartier, ce n’est pas cohérent.
Et le découpage n’est pas optimal : la maire l’a calibré sur le nombre d’élus que la loi l’autorisait à nommer, à savoir trois, donc trois secteurs. Si la loi lui avait permis cinq, elle aurait fait cinq secteurs. Les problèmes de Garavan ne sont pas ceux du Fossan ou du val de Gorbio.
Au fond, qu’est-ce qui vous gêne ?
Ce n’est pas le rôle de l’élu : tout travail mérite salaire et l’on connaît l’engagement que cela demande. C’est une question de cohérence.
On ne peut pas dire dans la même phrase que les caisses sont vides, qu’il faut que les services fassent des économies, supprimer la prime de Noël… et augmenter de 48 % l’enveloppe des élus, passer à quatorze adjoints rémunérés, tout en annonçant un audit des finances et un emprunt de 7,5 millions dès le départ.
Vous mettez aussi en cause la méthode de la majorité.
On sent de la verticalité. La maire décide, l’opposition est mise de côté. Sur la tarification des associations, quand nous l’avons alertée au dernier conseil, elle a fait dans son coin, sans débat.
Il faut que tout le monde redescende un peu : on n’est plus à l’Assemblée nationale, nous ne sommes pas des « LFIstes », nous sommes des élus mentonnais. Se faire traiter, en plein conseil, de « minable » ou de « petit justicier », c’est un manque de respect total.

Que proposiez-vous concernant ces associations ?
La gratuité de la mise à disposition du matériel pour toutes, adossée à une vraie politique associative sur le sport et la culture. Des subventions indexées sur les projets pédagogiques, le niveau et le nombre de licenciés.
En échange, les associations s’impliquent auprès des jeunes et dans les écoles, et la ville vient en appui logistique. C’est plus vivant. En revanche, oui à une tarification pour la location de salles et l’occupation du domaine public : ce sont deux choses différentes.
Vous évoquiez aussi un couac à la Maison russe.
Chaque année, cette structure organise une réunion familiale et la municipalité prêtait tables, chaises et barnums. Cette fois, le matériel a été livré et la facture est tombée dans la journée. Le directeur, ne pouvant pas payer une telle somme, a tout renvoyé.
C’est finalement Roquebrune-Cap-Martin qui a gracieusement mis à disposition son matériel. La maire assure avoir rappelé pour dire que c’était gratuit. D’après le directeur, ce n’est pas le cas. Sinon, il aurait gardé le matériel. Se faire dépanner par la commune voisine pour nos anciens, c’est fort de café.
Opposer systématiquement location saisonnière et crise du logement est un faux problème
Sur le port, la majorité semble vouloir remunicipaliser. Partagez-vous cette vision ?
Le port, c’est ma priorité. On entend que la SPL (société publique locale) serait morte, qu’il faudrait une DSP (délégation de service public), un consortium extérieur… Or la SPL est un bon outil, à condition d’y mettre des gens compétents.
Elle est très majoritairement communale et rapporte déjà plus d’un million d’euros à la ville. C’est loin d’être négligeable. Ce que je vois se dessiner, c’est plutôt une vente ou une DSP. À Golfe-Juan, les anneaux et les loyers ont augmenté, et une fois qu’on a mis le doigt là-dedans, c’est fini.
Sur la sécurité, quelle est la position de votre groupe ?
On est à la croisée des chemins. Menton aurait besoin de 46 à 50 policiers municipaux, c’est clair. Mais avant de recruter, il faut savoir garder ceux qu’on a. Beaucoup, après vingt ou trente ans, évoquent l’idée de partir.
La mairie a des leviers sur le logement communal, et il faut surtout une ambiance de travail attractive. Nous ne sommes pas Nice, ce n’est pas la grande délinquance, même s’il y a un peu plus de trafic dans certains secteurs. C’est surtout l’incivilité quotidienne qui explose, à l’image de la société.
Et sur la généralisation de la vidéoverbalisation ?
Je n’y suis pas opposé, à condition qu’elle soit sensée et pédagogique, pas dans le tout-répressif. J’ai vu à Nice des consignes du type : dès qu’une voiture est en double file, on verbalise, sans même attendre de voir si la personne redescend.
Il faut du recul. Et si l’on verbalise le stationnement des deux-roues, encore faut-il offrir assez de places. Cela pose une question plus large d’aménagement de la commune.

Quel regard portez-vous sur les résidences secondaires et les problématiques de logement ?
La loi Le Meur commence à produire son effet. Les syndics de grandes résidences peuvent désormais restreindre les locations de courte durée. Mais opposer systématiquement location saisonnière et crise du logement est un faux problème.
Le vrai sujet, c’est ce parc inoccupé, avec beaucoup de résidences secondaires achetées dans les années 80-90 et jamais rouvertes. Il faut aussi fluidifier les échanges d’appartements et poser la question des amendes SRU. Menton, coincée entre mer et montagne, paie des pénalités même là où elle ne peut pas construire.
Vous avez repris la tête de « Nouvel élan pour Menton » suite au départ de Sandra Paire au Sénat. Quelles sont vos ambitions ?
Je tiens d’abord à dire qu’il y a eu un acharnement démesuré à son égard. La campagne est terminée. Cela fait plus de cinquante ans que Sandra Paire œuvre pour Menton. Elle a notamment contribué, via Initiative Menton Riviera, à la création de milliers d’entreprises.
Elle n’a pas quitté le navire. Conseillère régionale, elle continue de porter des dossiers pour le bassin. De mon côté, j’ai déjà passé cinq ans dans l’opposition à ses côtés. Je sais ce que c’est. Je suis issu de la société civile, fonctionnaire, sans ambition politique nationale. Mon seul moteur, c’est ma ville.

