Une vingtaine d’agents face à 250 manifestants, des renforts niçois arrivés en fin de matinée, trois véhicules dégradés : mardi 29 septembre, la mobilisation devant les lycées Curie et Paul-Valéry a tourné à l’affrontement. Yannick Dupin, chef de la circonscription de police, en livre le récit dans Menton-Presse. Alliance Police 06, qui manifestait la veille à la frontière, y voit la preuve du manque d’effectifs.
Yannick Dupin, chef de la circonscription de police de Menton, décrit une matinée qui a basculé. « Il y avait 250 personnes devant l’entrée principale du lycée, une ambiance très calme, une prise de parole des élèves. À un moment donné, un groupe d’une grosse dizaine s’est mis à l’écart sur des scooters et nous regardait de manière insistante. »
Puis les premiers projectiles : « des bouteilles d’eau pleines », « des bouts de bois », « des tiges en métal. » Le commissaire fait casquer ses hommes et va voir l’organisateur, mégaphone en main. « Dites-leur d’arrêter, sinon on va intervenir. » L’élève tente d’apaiser. « Il y avait clairement deux groupes : ceux qui étaient là pour invectiver et ceux qui étaient là pour manifester. »

Une barricade sur la chaussée, les sommations, le gaz lacrymogène. Le groupe revient, remet une barricade, y met le feu. Les policiers le repoussent dans l’avenue du Doyen Jean Lépine, où les murs en pierres deviennent des munitions.
« On a pris trois heures de jets de pierres, de la taille de la main, voire plus gros. » Une policière est touchée au cou, d’autres aux jambes et au ventre : cinq blessés, trois véhicules dégradés. La poursuite se termine au rond-point de l’avenue Cernuschi, au Borrigo, vers 14 heures.
« J’ai mis quasiment tout mon commissariat dehors »
Le chef de circonscription ne cache pas la limite de ses moyens. « J’ai sorti mon service judiciaire, tous les policiers que je pouvais sortir. On était une vingtaine. Ce n’était pas suffisant. » Sans possibilité d’interpeller, ses effectifs ne font que repousser. L’arrivée de trois équipages de la BAC de Nice change la donne. « On a fait cinq interpellations. »
Au total, onze personnes ont été interpellées sur les deux lycées, onze gardes à vue étaient en cours mercredi. À Paul-Valéry, une centaine de manifestants, trois poubelles incendiées et trois interpellations, dont une pour port de couteau.
Mercredi 30 septembre, le calme est revenu, mais « il y a eu beaucoup d’appels sur les réseaux sociaux pour faire encore pire, en utilisant des engins incendiaires, voire de l’acide, sur les fonctionnaires. » Un dispositif renforcé est en place. Le chef de circonscription insiste. « Ce n’est pas leurs revendications que l’on remet en cause, c’est le fait d’user d’autant de violence. »
Alliance Police Nationale 06 : « Ils travaillent au courage »
La veille, Julien Hausknecht, secrétaire départemental d’Alliance Police Nationale 06, manifestait à Saint-Louis contre la vie chère, « des collègues qui font le plein et leurs courses en Italie », et « moins trois cents » postes dans le département. Le ministère, selon lui, ne promet que des policiers adjoints et des réservistes. « Une notion de bricolage. »

« Hier, on est des gilets bleus qui bloquent une frontière, et aujourd’hui, on est derrière les gamins qui pètent tout. » Les blessés, il les explique aussi par le manque d’entraînement. « Les policiers engagés sur des théâtres débordés n’ont plus la gymnastique de se former. Ils travaillent au courage. »
Alexandra Masson a pris position mardi dans un communiqué. « Manifester est un droit. Incendier, dégrader et semer le désordre ne l’est pas. » La maire dit entendre « les préoccupations légitimes » des lycéens, mais assure que « l’ordre républicain sera respecté. » Les lycéens réclament notamment le remplacement des professeurs absents, une augmentation des moyens, une rénovation des établissements et des conditions d’apprentissage « décentes. »

